
Acheter en Israël depuis l’étranger : procuration, compte bancaire, virements, visites à distance
Un acheteur qui vit à Paris, Bruxelles, Genève ou Montréal peut mener un achat en Israël de bout en bout sans prendre l’avion, ou en ne venant qu’une fois. Tout repose sur trois outils : une procuration bien rédigée, un avocat sur place et une chaîne de virements documentée. Voici comment chaque étape se fait à distance, ce que cela coûte et où ça bloque.
La réponse en bref
On peut acheter un bien en Israël sans y venir. Il faut un avocat sur place, une procuration (yipui koach) signée devant un notaire puis apostillée, ou au consulat d’Israël, et des fonds dont l’origine est documentée pour passer le contrôle anti-blanchiment des banques. Les visites se font en visio, le contrat, la taxe et même la mashkanta se signent à distance. Ni la nationalité ni la religion n’entrent en jeu (voir faut-il être juif ou citoyen pour acheter). Comptez 2 000 à 6 000 ₪ de frais spécifiques (procuration, traductions, apostille, envois) et 2 à 4 semaines de plus qu’un achat sur place. Les acheteurs de France, de Belgique et de Suisse ont une page dédiée : acheter en Israël depuis la France.
Les chiffres à retenir, novembre 2026
- Frais propres à l’achat à distance
- 2–6 k₪
- Délai supplémentaire
- +2–4 sem.
- Ouverture de compte à distance
- 1–3 sem.
- Mashkanta non-résident
- 50 %
- Mas rechisha non-résident
- 8 %
- Seuil IFI (France)
- 1,3 M€
La procuration : le yipui koach notarié, l’apostille ou le consulat
Le yipui koach (procuration) est le document qui permet à votre avocat israélien de signer à votre place : zikaron dvarim, heskem mechira (contrat de vente), déclaration de mas rechisha, documents bancaires, acte de transfert au tabou. Sans lui, rien ne se fait à distance. Avec lui, presque tout.
Trois règles le rendent valable. Il est rédigé par l’avocat israélien, en hébreu avec une version française, et il vise un bien précis, un prix maximal et une liste d’actes : c’est un yipui koach notarioni (procuration notariée) à pouvoirs limités, pas un blanc-seing. Il est signé devant une autorité : soit un notaire de votre pays, et le document reçoit ensuite l’apostille (en France : à la cour d’appel, gratuite, 2 à 10 jours ; en Belgique : SPF Affaires étrangères ; en Suisse : chancellerie cantonale ; au Canada : Affaires mondiales ou la province depuis 2024), soit le consulat d’Israël (Paris, Marseille, Bruxelles, Genève, Montréal…), qui authentifie la signature sans apostille, sur rendez-vous et contre quelques dizaines d’euros. L’original voyage : le tabou et les banques veulent le papier, pas un scan. Prévoyez un envoi sécurisé de 3 à 5 jours.
Un avocat israélien inscrit comme notaire peut aussi recevoir la signature par visio dans certains cas depuis 2021, mais les banques et le tabou n’acceptent pas toutes cette voie : vérifiez avant de compter dessus. Les pouvoirs, les limites et les clauses à exiger sont détaillés dans la page procuration et achat à distance.
Ouvrir un compte bancaire israélien à distance
Un compte n’est pas obligatoire pour acheter comptant : les fonds peuvent aller de votre banque européenne au compte fiduciaire de l’avocat, puis au vendeur. Il devient indispensable dès qu’il y a une mashkanta (les mensualités y sont prélevées) et très utile ensuite pour l’arnona, le vaad bayit, l’électricité et les loyers encaissés.
Les grandes banques ouvrent des comptes de non-résidents à distance, soit par procuration à l’avocat, soit par entretien en visio avec un conseiller du département international, parfois les deux. Pièces habituelles : passeport, deuxième pièce d’identité, justificatif de domicile, déclaration de résidence fiscale CRS/FATCA avec numéro fiscal, justificatif de profession et de revenus, et une première explication de l’origine des fonds qui transiteront. Délai : 1 à 3 semaines ; en agence lors d’un passage en Israël, le compte s’ouvre dans la journée.
Mizrahi-Tefahot et Bank of Jerusalem sont les plus rodées aux dossiers de non-résidents francophones ; Leumi, Hapoalim et Discount ont des départements internationaux à Tel Aviv. Comptez des frais de tenue de compte de 20 à 40 ₪ par mois pour un compte de non-résident, souvent négociables à zéro avec une mashkanta. Pour savoir si vous en avez besoin : faut-il un compte bancaire israélien ?
Virements et contrôle anti-blanchiment
C’est l’étape qui fait le plus souvent dérailler un achat à distance, non pas à cause du montant mais à cause des justificatifs. Les banques israéliennes appliquent strictement les règles anti-blanchiment : tout virement entrant significatif (en pratique à partir de 50 000 ₪) doit être rattaché à une origine lisible. Épargne : relevés sur 6 à 12 mois. Vente d’un bien : acte et relevé du notaire. Donation : acte de donation (et, côté France, déclaration du don). Héritage : acte de notoriété. Prêt familial : contrat écrit. Un apport qui a transité par trois comptes sans explication bloque le dossier plusieurs semaines.
| Canal | Coût typique | Délai | Points d’attention |
|---|---|---|---|
| Virement bancaire SWIFT, change par la banque réceptrice | 0,5–1,5 % de marge sur le change + 30–60 € de frais | 2–4 jours | Le plus simple, le plus cher. Le taux appliqué n’est connu qu’à l’arrivée. |
| Courtier de change spécialisé | 0,2–0,6 % de marge, frais fixes faibles | 1–3 jours | Permet de bloquer un taux à terme pour les échéances futures. Vérifier l’agrément dans le pays de départ. |
| Virement en euros sur un compte en devises en Israël, change en plusieurs fois | frais bancaires + marge de change israélienne 0,3–0,8 % | 2–4 jours puis instantané | Utile si le contrat prévoit plusieurs échéances et que vous voulez lisser le change. |
Le vrai risque, c’est le change : entre la signature du contrat et le solde, l’euro peut bouger de 3 à 5 % face au shekel. Sur 350 000 €, cela représente 10 000 à 17 000 €. Un contrat à terme (forward) auprès d’un courtier fige le taux pour chaque échéance connue.
Chercher, visiter et négocier à distance
La recherche à distance fonctionne si vous acceptez trois contraintes. Un périmètre précis d’abord : une ou deux villes, deux ou trois quartiers, un budget total incluant 10 à 12 % de frais pour un non-résident. Les pages Jérusalem et Netanya donnent les prix par quartier. Un relais local ensuite : une agence qui accepte de faire des visites en visio en direct, pas des vidéos montées, et qui envoie le nesach tabou (extrait du registre), le plan et le procès-verbal de la dernière assemblée de copropriété. Une inspection indépendante enfin : dans l’ancien, un inspecteur technique (bedek bayit, 1 500 à 3 000 ₪) remplace vos yeux pour l’humidité, l’électricité, la plomberie et l’état de l’immeuble.
Sur plan, le problème est inverse : il n’y a rien à visiter, et tout se joue dans le contrat du promoteur (kablan) et dans les garanties de la loi de vente. L’acheteur à distance y est moins désavantagé, à condition que son avocat connaisse bien ce type de contrat (voir acheter sur plan à un promoteur).
La négociation passe par l’agence puis par les avocats. Un acheteur à l’étranger a un argument : un dossier propre (accord de principe bancaire, fonds disponibles, procuration prête) qui permet de signer vite. Il a aussi un handicap : les vendeurs préfèrent un acheteur présent. Compensez par la rapidité et par un avocat qui répond dans la journée.
Signer le contrat et la mashkanta à distance
- Le zikaron dvarim et le heskem mechira. Signés par l’avocat en vertu de la procuration, après votre validation du texte par e-mail. L’acompte (10 à 20 %) part de votre compte étranger vers le compte fiduciaire de l’avocat, qui ne le libère qu’une fois la hearat azhara (note d’avertissement) inscrite au tabou à votre nom.
- La déclaration de mas rechisha. Déposée en ligne par l’avocat sous 30 jours, signée par procuration. Le paiement (8 % du prix pour un non-résident, 224 000 ₪ sur 2,8 M₪, barème expliqué dans quelle taxe d’achat pour un non-résident) se fait sous 60 jours depuis votre compte israélien ou par virement international sur le compte de l’Autorité des impôts. Chiffrez-le avec le calculateur.
- La mashkanta. Dossier déposé à distance, expertise sur place, offre définitive, puis signature des documents de prêt : au consulat d’Israël, devant un notaire local avec apostille, ou par procuration spécifique si la banque l’accepte (toutes ne l’acceptent pas). Assurance vie et assurance du bien souscrites en ligne. Le processus complet, banque par banque, est dans la page mashkanta pour non-résidents.
- La remise des clés et l’inscription au tabou. L’avocat reçoit les clés contre le solde, fait l’état des lieux avec l’agence ou un mandataire, et dépose l’acte de transfert. L’inscription à votre nom intervient quelques semaines à quelques mois plus tard.
Fiscalité du pays de résidence : ce que l’achat change en France, en Belgique, en Suisse
L’achat en Israël ne crée aucune obligation déclarative en France au moment de l’acquisition, sauf une : le compte bancaire israélien doit être déclaré avec votre déclaration de revenus (formulaire 3916), sous peine de 1 500 € d’amende par compte non déclaré. Ensuite, trois sujets reviennent chaque année. Pour un achat conduit à distance, le choix de l’avocat compte plus que tout : voir comment choisir son avocat immobilier.
- IFI. Un résident fiscal français déclare l’ensemble de son patrimoine immobilier mondial. Si la valeur nette (après déduction du capital restant dû de la mashkanta) dépasse 1,3 M€ au 1er janvier, l’IFI s’applique, de 0,5 à 1,5 % par tranche. Un appartement à 2,8 M₪ (≈ 700 000 €) financé à 50 % ajoute environ 350 000 € à l’assiette.
- Loyers. Imposables en Israël d’abord (exonération jusqu’à ≈ 5 650 ₪ par mois en 2026, ou forfait de 10 % sans déduction, ou régime réel), puis à déclarer en France. La convention fiscale France-Israël de 1995 évite la double imposition par un crédit d’impôt égal à l’impôt français : en pratique, les loyers israéliens ne sont pas imposés une seconde fois en France, mais ils comptent pour le taux effectif.
- Plus-value à la revente. Imposée en Israël (mas shevach, 25 % sur le gain réel, avec exonérations pour un seul logement sous conditions pour les non-résidents), puis traitée en France selon la convention, là aussi avec crédit d’impôt.
La Belgique et la Suisse ont chacune leur convention avec Israël et leurs règles (précompte, impôt sur la fortune cantonal, valeur locative). Les régimes détaillés, pays par pays, sont sur Shekel Guide, notre site consacré à l’argent et à la fiscalité en Israël.
Gérer le bien après l’achat, depuis l’étranger
Un appartement en Israël génère chaque mois de l’arnona (taxe municipale, 300 à 900 ₪ par mois pour un 4 pièces selon la ville et la zone), du vaad bayit (charges de copropriété, 150 à 600 ₪, davantage avec ascenseur et gardien), l’eau, l’électricité, le gaz, et une assurance du bien. Tout se paie par prélèvement sur un compte israélien ou par carte en ligne. Si vous laissez le bien vide, la municipalité peut accorder une réduction d’arnona sur demande, pendant six mois maximum dans la plupart des villes.
Si vous louez, un gestionnaire locatif prend 5 à 10 % des loyers (jusqu’à 15-20 % en courte durée) pour trouver le locataire, rédiger le bail, encaisser, gérer les réparations et les relations avec le vaad bayit. Un bail israélien standard dure un an renouvelable, avec garantie bancaire ou chèque de caution du locataire. Pour la fiscalité des loyers et la gestion à distance, voir la rubrique investir et louer.
Gardez à jour deux documents : la procuration (pour les démarches administratives futures, la revente ou une hypothèque) et une personne de contact sur place inscrite auprès de la copropriété. Un bien sans interlocuteur local accumule les courriers non lus et les amendes.
Exemple chiffré : un couple de Lyon achète à Netanya sans venir
| Prix | 2 800 000 ₪ |
| Mas rechisha (8 %) | 224 000 ₪ |
| Avocat (0,75 % + TVA 18 %) | ≈ 24 800 ₪ |
| Agence (2 % + TVA) | ≈ 66 100 ₪ |
| Courtier mashkanta, expertise, frais bancaires | ≈ 15 000 ₪ |
| Procuration, notaire, apostille, traductions, envois | ≈ 4 500 ₪ |
| Inspection technique à distance (bedek bayit) | ≈ 2 000 ₪ |
| Change : 0,4 % via courtier sur 1 736 000 ₪ transférés | ≈ 7 000 ₪ (contre ≈ 17 000 ₪ via la banque) |
| Coût total | ≈ 3 143 000 ₪ (+ 12,3 %) |
| Mashkanta 1 400 000 ₪ sur 25 ans | ≈ 7 900 ₪ / mois |
| Fonds propres transférés depuis la France | ≈ 1 743 000 ₪ (≈ 435 000 €) |
Calendrier réel : procuration signée au consulat de Lyon la semaine 1, compte ouvert chez Mizrahi-Tefahot en visio la semaine 3, contrat signé par l’avocat la semaine 5, mas rechisha payée la semaine 12, déblocage de la banque et clés la semaine 16. Le couple est venu une fois, deux mois après les clés, pour meubler.
Questions fréquentes
Faut-il venir au moins une fois en Israël pour acheter ?
Non. Avec une procuration notariée et apostillée, ou signée au consulat, l’avocat signe le contrat, les documents de taxe et l’acte de transfert. Les banques acceptent aussi la signature à distance des documents de prêt, souvent au consulat ou devant un notaire local. Beaucoup d’acheteurs viennent une fois pour les visites ou la remise des clés, par choix et non par obligation.
La procuration signée en France est-elle valable en Israël ?
Oui si elle est signée devant un notaire français et revêtue de l’apostille de la cour d’appel (convention de La Haye de 1961, à laquelle Israël est partie), ou si elle est signée devant un consul d’Israël, qui dispense d’apostille. Le texte doit être rédigé ou traduit en hébreu par l’avocat israélien ; une procuration générique française n’est pas acceptée au tabou.
Combien coûtent la procuration, les traductions et l’apostille ?
Comptez 2 000 à 6 000 ₪ au total : rédaction par l’avocat (souvent incluse dans ses honoraires), notaire français 100 à 250 € par signature, apostille gratuite ou quelques dizaines d’euros selon le pays, traductions assermentées des justificatifs de revenus 60 à 120 € la page, envoi des originaux par courrier sécurisé.
Peut-on ouvrir un compte bancaire israélien sans venir ?
Oui dans la plupart des grandes banques (Mizrahi-Tefahot, Leumi, Hapoalim, Discount, Bank of Jerusalem), par procuration à l’avocat ou par entretien en visio avec vérification d’identité, en 1 à 3 semaines. Les banques demandent passeport, justificatif de domicile, déclaration de résidence fiscale (CRS/FATCA) et origine des fonds. Un compte n’est obligatoire que si vous prenez une mashkanta.
Comment la banque israélienne contrôle-t-elle l’origine des fonds ?
Chaque virement entrant doit être rattaché à un document : relevés montrant l’épargne, acte de vente d’un bien, acte de donation, attestation d’héritage, contrat de prêt familial. Un virement de plus de 50 000 ₪ sans justificatif est bloqué jusqu’à production des pièces, ce qui peut prendre des semaines et faire manquer une échéance du contrat. Préparez le dossier avant le premier virement.
Que dois-je déclarer en France après avoir acheté en Israël ?
Le bien entre dans l’assiette de l’IFI si votre patrimoine immobilier net mondial dépasse 1,3 M€ (dettes de mashkanta déductibles). Les loyers sont imposables en Israël et à déclarer en France, avec un crédit d’impôt égal à l’impôt français selon la convention fiscale France-Israël de 1995. Le compte bancaire israélien doit être déclaré chaque année (formulaire 3916). Les règles détaillées sont sur Shekel Guide.
Comment nous travaillons
Chaque montant, barème et taux de cette page est vérifié sur la source officielle citée en bas de page et daté. Quand un barème ou un taux change, la page est mise à jour dans les jours qui suivent. Notre méthodologie.
Sources
- Ministère des Affaires étrangères d’Israël – services consulaires : authentification de signatures et procurations
- Convention de La Haye du 5 octobre 1961 supprimant l’exigence de légalisation (apostille) – États parties
- Banque d’Israël – supervision bancaire, ouverture de compte et obligations d’identification
- Autorité des impôts d’Israël – mas rechisha, déclaration et paiement
Un avocat sur place pour acheter sans venir
Procuration rédigée en français et en hébreu, vérifications, contrat, taxe, inscription : un avocat immobilier francophone habitué aux dossiers à distance vous représente du premier document aux clés. Dites-nous où vous en êtes.